Rubrique "Mon Oeil" d'Alain Rémond
| Mes
préférées. Trois dames genre 50-60 ans cinglées de poupées, qui leur parlent, les changent, leur filent une fessée. |
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A force de collectionner les cas, d'année en année, d'émission en
émission, Mireille Dumas devait finalement, un jour ou l'autre, tomber
sur les collectionneurs.Comme c'est elle la psy et pas moi, je me garderai bien de m'aventurer... sur le délicat terrain de l'inconscient. Mais enfin, un esprit taquin pourrait voir dans cette émission (La vie à l'endroit, l'autre mardi) comme un autoportrait, voire une auto-analyse.
Toutes les questions que pose Mireille Dumas à ses interlocuteurs (Pourquoi collectionnez-vous ? Ça vous a pris comment ? Quel manque cherchez-vous à combler ?),
elle pourrait se les poser à elle-même. Sauf qu'elle, sa collection, elle ne se range pas sur des étagères, dans des tiroirs ou sous un hangar.
Sa collection, c'est nous : des gens dont sa douce manie fait des cas. Réduits par elle à des cas.Ainsi, justement, les collectionneurs.
Je me souviens avoir collectionné, enfant, avec mon frère, les bouteilles vides. Des grosses, des petites, des transparentes, des en couleur, des à petit goulot, des à long cou, des carrées, des rondes. Plein de bouteilles.
Si Mireille Dumas était venue m'interviewer, je me demande bien ce que j'aurais dit sur mes bouteilles. Des trucs du genre : ben voilà, y a des grosses, des petites, des transparentes, des en couleur, des…
Elle, par contre, je vois ça d'ici, elle y aurait vu plein de choses intéressantes, dans mes bouteilles. Des choses que j'imagine même pas. Que j'ose pas imaginer. C'est fou ce que j'aurais appris sur mes bouteilles. Sur moi. Et, accessoirement, sur Mireille Dumas.
En plus, je serais passé à la télé, avec mes rangées de bouteilles. Et vous savez comment sont les gens : tiens, il collectionne les bouteilles, on va lui faire plaisir, on va lui offrir des bouteilles. J'aurais reçu des caisses de bouteilles, des tombereaux de bouteilles, des wagons de bouteilles. J'aurais été envahi, submergé par les bouteilles. Merci Mireille.Là, l'autre soir, les collections, c'était pas des bouteilles. Mais des petits cochons (ou petites cochonnes) de toutes formes, de tous styles, de toutes matières. Le cinglé des cochons, c'est l'acteur Jean-Claude Dreyfus. Mais lui, vu qu'il m'arrive de regarder la télé et de lire les magazines, je le savais déjà.
Chez Dreyfus a débarqué, pour les besoins de l'émission, un collectionneur de pingouins. Qui se déguise en pingouin. Et qui se prend pour un pingouin (" mais c'est pas pour ça que je suis manchot ", dit-il finement).Entre les cochons et les pingouins, vous pensez le boulot qu'elle avait, Mireille, à nous décrypter tout ça. Encore plus intéressant : le collectionneur de bas. Attention : des " bas couture ". Les bas pas couture, ça vaut pas, c'est du bas bas de gamme. Ce qui le rend intéressant, le collectionneur de bas couture, c'est qu'il les offre. A des jeunes femmes. Pour qu'elles les portent.
Bien entendu, il leur offre volontiers, à cet effet, un porte-jarretelles. Je vous imagine la batterie de questions de Mireille Dumas : un cas comme ça, on en redemande.Plus classique : le collectionneur de vieilles bagnoles. Variante pittoresque : le collectionneur de Jeeps, de camions, de blindés de la Deuxième Guerre mondiale.
Il adore rouler en blindé sur l'autoroute. Plus c'est gros, plus il est content. Si vous voyez un jour un blindé sur l'autoroute, pas d'affolement : c'est lui, c'est le collectionneur de blindés.Mes préférées : les collectionneuses de poupées. Trois dames, genre 50-60 ans, qui se retrouvent régulièrement pour se faire un après-midi poupées. Elles papotent en papouillant leurs poupées. Leur enlèvent leurs vêtements d'hiver pour les habiller été. Si une poupée n'a pas été sage, elles lui donnent une fessée. Ou la mettent au coin, en pénitence. Elles disent que ça les aide à vivre, de s'occuper de leurs poupées. Parce que la vie, c'est pas toujours marrant. Et comment, fait Mireille, qui se délecte.
Moi, ce que j'en dis, c'est que c'est moins dangereux pour les autres de pouponner des poupées que de rouler en blindé sur l'autoroute.Ce qu'on n'a pas vu, c'est des collectionneurs d'horreurs. Ça doit pourtant exister, des gens qui collectionnent des trucs abominables, laids, dégueulasses. A ceux-là, je lance un appel : enrichissez votre collection en magnétoscopant, tous les week-ends, sur France 2 !
Politiquement correct. C'est censé être aussi drôle, insolent, impertinent que les Guignols à leur meilleur. C'est censé se moquer de Chirac, Jospin, Clinton. Et c'est en dessin
animé high-tech, façon images de synthèse. Je prétends (sans aucune crainte d'être démenti) que c'est la chose la plus bête, la plus moche, la plus niaise, la plus débile, la plus crétine, la plus catastrophique, la plus prétentieuse, la plus accablante, la plus pathétique, bref : la plus moins, qu'on a inventée depuis des lustres.Amis collectionneurs : ne laissez pas passer l'aubaine ! Et ne me remerciez pas : j'adore faire plaisir.